Date du document : 23/04/2026
Date de mise en ligne : 13/07/2026
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a été invité à se prononcer sur l’impact sanitaire de quantités de chlordécone (CLD) éventuellement présent dans tous types de produits sanguins labiles (PSL) pour des patients destinataires de transfusions itératives en Guadeloupe ou en Martinique. Ce toxique a été utilisé entre 1972 et 1993 pour lutter contre le charançon noir du bananier et a contaminé très durablement l’environnement terrestre et aquatique des deux îles ainsi qu’une proportion importante de la population antillaise.
À la suite de ce problème écologique, des actions et plans ont été mis en œuvre par les pouvoirs publics, notamment dans le but d’évaluer l’imprégnation au CLD de la population antillaise et son retentissement à moyen et long termes sur la santé humaine.
Après avoir rappelé ce contexte, le HCSP présente une démarche structurée d’évaluation des risques intégrant les données de biosurveillance disponibles, les connaissances toxicologiques et toxicocinétiques relatives au CLD, ainsi que des simulations d’exposition interne par modélisation pharmacocinétique de type PBPK basée sur la physiologie humaine. La modélisation proposée permet d’évaluer les concentrations plasmatiques de CLD susceptibles d’être atteintes chez des receveurs adultes ou enfants considérés comme indemnes d’imprégnation, en situation de transfusions itératives selon plusieurs scénarios construits à partir d’hypothèses volontairement maximalistes, tels que la fréquence élevée des transfusions, les niveaux d’imprégnation importants des donneurs, les hypothèses hautes de distribution du CLD dans les composants sanguins investigués (plaquettes et concentrés de globules rouges exclusivement puisque la totalité du plasma utilisé aux Antilles est importée de l’hexagone). Les concentrations modélisées atteintes à l’équilibre ont été comparées à la valeur toxicologique de référence interne (VTRi) définie par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) comme étant la concentration de CLD dans le sang en dessous de laquelle, sur une longue période, le risque d’apparition d’effets néfastes dans la population exposée est jugé négligeable.
Les résultats montrent que, y compris dans les scénarios les plus défavorables, la chlordéconémie atteinte à l’état d’équilibre sur une période de 1000 jours à partir de la première transfusion demeure inférieure à la VTRi. Pour les scénarios les plus réalistes, le modèle indique que les transfusions itératives n’entraînent aucune accumulation plasmatique de CLD au seuil de détection de 0,01 µg/l.
Au total, compte tenu des marges de sécurité montrées par la modélisation, des incertitudes prises en compte de manière conservatrice et des bénéfices thérapeutiques majeurs que représentent les transfusions itératives de PSL prélevés aux Antilles pour les patients atteints notamment de pathologies constitutionnelles de l’hémoglobine, le HCSP conclut, au vu du surrisque présumé très faible induit par l’apport transfusionnel itératif de CLD, qu’aucune adaptation spécifique des pratiques transfusionnelles n’est justifiée dans le contexte antillais.
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